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L'aiguille creuse

Episode 24

Beautrelet sembla faire un calcul, puis déclara :

– Monsieur le juge d’instruction, nous sommes aujourd’hui samedi. Je dois rentrer au lycée lundi soir. Eh bien ! lundi matin, si vous voulez être ici à dix heures, je tâcherai de vous le révéler, le mot de l’énigme.

– Vraiment, monsieur Beautrelet... vous croyez ? Vous êtes sûr ?

– Je l’espère, du moins.

– Et maintenant, où allez-vous ?

– Je vais voir si les faits veulent bien s’accommoder à l’idée générale que je commence à discerner.

– Et s’ils ne s’accommodent pas ?

– Eh bien Monsieur le juge d’instruction, ce sont eux qui auront tort, dit Beautrelet en riant, et j’en chercherai d’autres plus dociles. À lundi, n’est-ce pas ?

– À lundi.

Quelques minutes après, M. Filleul roulait vers Dieppe, tandis qu’Isidore, muni d’une bicyclette que lui avait prêtée le comte de Gesvres, filait sur la route de Yerville et de Caudebec-en-Caux.

Il y avait un point sur lequel le jeune homme tenait à se faire avant tout une opinion nette, parce que ce point lui semblait justement le point faible de l’ennemi. On n’escamote pas des objets de la dimension des quatre Rubens. Il fallait qu’ils fussent quelque part. S’il était impossible pour le moment de les retrouver, ne pouvait-on connaître le chemin par où ils avaient disparu ?

L’hypothèse de Beautrelet était celle-ci : l’automobile avait bien emporté les quatre tableaux, mais avant d’arriver à Caudebec elle les avait déchargés sur une autre automobile qui avait traversé la Seine en amont ou en aval de Caudebec. En aval, le premier bac était celui de Quillebeuf, passage fréquenté, par conséquent dangereux. En amont, il y avait le bac de La Mailleraye, gros bourg isolé, en dehors de toute communication.

Vers minuit, Isidore avait franchi les dix-huit lieues qui le séparaient de la Mailleraie, et frappait à la porte d’une auberge située au bord de l’eau. Il y couchait, et dès le matin, interrogeait les matelots du bac. On consulta le livre des passagers. Aucune automobile n’avait passé jeudi le 23 avril.

– Alors, une voiture à chevaux ? insinua Beautrelet, une charrette ? un fourgon ?

– Non plus.

Toute la matinée, Isidore s’enquit. Il allait partir pour Quillebeuf, quand le garçon de l’auberge où il avait couché lui dit :

– Ce matin-là, j’arrivais de mes treize jours, et j’ai bien vu une charrette, mais elle n’a pas passé.

– Comment ?

– Non. On l’a déchargée sur une sorte de bateau plat, de péniche, comme ils disent, qui était amarrée au quai.

– Et cette charrette, d’où venait-elle ?

– Oh ! je l’ai bien reconnue. C’était à maître Vatinel, le charretier.

– Qui demeure ?

– Au hameau de Louvetot.

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