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L'aiguille creuse

Episode 15

M. Filleul et Ganimard se regardaient sans dissimuler leur étonnement. L’inspecteur ne songeait plus à se retirer. À la fin, le juge d’instruction murmura :

– Il faudrait avoir l’avis de M. de Gesvres.

Et Ganimard approuva :

– Il faudrait avoir son avis.

Et ils donnèrent l’ordre qu’on priât le comte de venir au salon.

C’était une véritable victoire que remportait le jeune rhétoricien. Contraindre deux hommes de métier, deux professionnels comme M. Filleul et Ganimard, à faire état de ses hypothèses, il y avait là un hommage dont tout autre se fût enorgueilli. Mais Beautrelet paraissait insensible à ces petites satisfactions d’amour-propre, et toujours souriant, sans la moindre ironie, il attendait. M. de Gesvres entra.

– Monsieur le comte, lui dit le juge d’instruction, la suite de notre enquête nous met en face d’une éventualité tout à fait imprévue, et que nous vous soumettons sous toutes réserves. Il se pourrait... je dis : il se pourrait... que les cambrioleurs, en s’introduisant ici, aient eu pour but de dérober vos quatre Rubens ou du moins de les remplacer par quatre copies... copies qu’eût exécutées, il y a un an, un peintre du nom de Charpenais. Voulez-vous examiner ces tableaux et nous dire si vous les reconnaissez pour authentiques ?

Le comte parut réprimer un mouvement de contrariété, observa Beautrelet, puis M. Filleul, et répondit sans prendre la peine de s’approcher des tableaux :

– J’espérais, Monsieur le juge d’instruction, que la vérité resterait ignorée. Puisqu’il en est autrement, je n’hésite pas à le déclarer : ces quatre tableaux sont faux.

– Vous le saviez donc ?

– Dès la première heure.

– Que ne le disiez-vous ?

– Le possesseur d’un objet n’est jamais pressé de dire que cet objet n’est pas... ou n’est plus authentique.

– Cependant, c’était le seul moyen de les retrouver.

– Il y en avait un meilleur.

– Lequel ?

– Celui de ne pas ébruiter le secret, de ne pas effaroucher mes voleurs, et de leur proposer le rachat des tableaux dont ils doivent être quelque peu embarrassés.

– Comment communiquer avec eux ?

Le comte ne répondant pas, ce fut Isidore qui riposta :

– Par une note insérée dans les journaux. Cette petite note, publiée par Le Journal et Le Matin, est ainsi conçue : « Suis disposé à racheter les tableaux. »

Le comte approuva d’un signe de tête. Une fois encore le jeune homme en remontrait à ses aînés.

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