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L'aiguille creuse

Episode 10

Il y eut un sursaut chez tous les assistants. Le substitut et le journaliste se rapprochèrent. M. de Gesvres et les deux jeunes filles écoutaient attentivement, impressionnés par l’assurance tranquille de Beautrelet.

– Vous connaissez le nom du meurtrier ?

– Oui.

– Et l’endroit où il se trouve, peut-être ?

– Oui.

M. Filleul se frotta les mains :

– Quelle chance ! Cette capture sera l’honneur de ma carrière. Et vous pouvez, dès maintenant, me faire ces révélations foudroyantes ?

– Dès maintenant, oui... Ou bien, si vous n’y voyez pas d’inconvénient, dans une heure ou deux, lorsque j’aurai assisté jusqu’au bout à l’enquête que vous poursuivez.

– Mais non, tout de suite, jeune homme...

À ce moment, Raymonde de Saint-Véran, qui, depuis le début de cette scène, n’avait pas quitté du regard Isidore Beautrelet, s’avança vers M. Filleul.

– Monsieur le juge d’instruction...

– Que désirez-vous, Mademoiselle ?

Deux ou trois secondes, elle hésita, les yeux fixés sur Beautrelet, puis, s’adressant à M. Filleul :

– Je vous prierai de demander à Monsieur la raison pour laquelle il se promenait hier dans le chemin creux qui aboutit à la petite porte.

Ce fut un coup de théâtre. Isidore Beautrelet parut interloqué.

– Moi, Mademoiselle ! moi ! vous m’avez vu hier ?

Raymonde resta pensive, les yeux toujours attachés à Beautrelet, comme si elle cherchait à bien établir en elle sa conviction, et elle prononça d’un ton posé :

– J’ai rencontré dans le chemin creux, à quatre heures de l’après-midi, alors que je traversais le bois, un jeune homme de la taille de monsieur, habillé comme lui, et qui portait la barbe taillée comme la sienne... et j’eus l’impression qu’il cherchait à se dissimuler.

– Et c’était moi ?

– Il me serait impossible de l’affirmer d’une façon absolue, car mon souvenir est un peu vague. Cependant... cependant il me semble bien... sinon la ressemblance serait étrange...

M. Filleul était perplexe. Déjà dupé par l’un des complices, allait-il se laisser jouer par ce soi-disant collégien ?

– Qu’avez-vous à répondre, Monsieur ?

– Que Mademoiselle se trompe et qu’il m’est facile de le démontrer. Hier, à cette heure, j’étais à Veules.

– Il faudra le prouver, il le faudra. En tout cas la situation n’est plus la même. Brigadier, l’un de vos hommes tiendra compagnie à monsieur.

Le visage d’Isidore Beautrelet marqua une vive contrariété.

– Ce sera long ?

– Le temps de réunir les informations nécessaires.

– Monsieur le juge d’instruction, je vous supplie de les réunir avec le plus de célérité et de discrétion possible...

– Pourquoi ?

– Mon père est vieux. Nous nous aimons beaucoup... et je ne voudrais pas qu’il eût de la peine par moi.

Le ton larmoyant de la voix déplut à M. Filleul. Cela sentait la scène de mélodrame. Néanmoins, il promit :

– Ce soir... demain au plus tard, je saurai à quoi m’en tenir.

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